Nigéria : Le retour de 116 œuvres pillées à Benin City en 1897 acté

Nigéria : Le retour de 116 œuvres pillées à Benin City en 1897 acté

Il s’agit des œuvres saisies lors de l’expédition punitive britannique de 1897 dans l’ancien royaume du Bénin au Nigeria. Plus d’un siècle après, le musée d’archéologie et d’anthropologie de l’Université de Cambridge a officialisé, le dimanche 8 février 2026, cette restitution très attendue depuis plusieurs décennies. Cette initiative improbable est saluée comme un geste de justice historique et de reconnaissance mémorielle. En effet, ces œuvres avaient été arrachées à Benin City en 1897, lors du pillage de l’ancienne capitale royale par l’armée britannique. L’opération militaire, menée sous couvert de représailles, s’était soldée par la destruction de la cité et la dispersion massive de ses trésors culturels à travers l’Europe et l’Amérique du Nord.

Concrètement, les pièces concernées par cette restitution se composent principalement de sculptures en bois et en ivoire, ainsi que de têtes commémoratives représentant des figures centrales de la monarchie béninoise, notamment le roi Oba et la reine mère Iyoba Idia. Ces objets, communément désignés sous le nom de bronzes du Bénin, occupent une place essentielle dans l’histoire, la spiritualité et l’identité du peuple Edo.

Conservées pendant des décennies dans les réserves et les galeries de Cambridge, elles rejoindront Benin City « dans les prochains mois », marquant ainsi un retour hautement symbolique vers leur terre d’origine.

Plusieurs décennies de requêtes

Au total, plus de 500 œuvres pillées à Benin City séjournent dans les entrailles de l’université de Cambridge. En acceptant de retourner à leurs origines une partie de ces biens culturels, le musée de l’Université de Cambridge répond favorablement à une requête officielle introduite en 2022 par la Commission nationale des musées et des monuments du Nigeria. Son directeur général, Olugbile Holloway, voit dans cette restitution bien plus qu’un simple transfert d’objets : « le retour de ces biens culturels participe à la restauration de la fierté et de la dignité » du peuple nigérian, a-t-il déclaré. Une affirmation qui résume l’enjeu mémoriel et politique de ces démarches de restitution.

Quelques avancées sur fond de disparités

Il est un secret de Polichinelle que la république du Bénin, sous le leadership éclairé de son président, Patrice Talon, avait fait du retour des biens culturels pillés au royaume Abomey son cheval de bataille. Face à une démarche bien structurée et des discours qui tranchent avec les tentatives antérieures observées un peu partout en Afrique, la France a décidé de rétrocéder 26 œuvres au Bénin. Un exploit historique salué à sa juste valeur.

En 2025, les Pays-Bas avaient déjà annoncé la restitution de plus de 100 bronzes du royaume du Bénin au Nigeria, confirmant une évolution progressive des politiques muséales européennes face aux héritages coloniaux.

L’avis favorable de Cambridge s’inscrit donc logiquement dans une dynamique plus large. À l’inverse, certaines institutions demeurent réticentes. Le British Museum, qui conserve l’une des plus importantes collections de bronzes du royaume du Bénin au monde, refuse toujours de restituer ses pièces, invoquant des contraintes juridiques liées à son statut. Ces écueils n’émoussent guère la volonté des dirigeants africains de voir les œuvres revenir sur leurs terres d’origine. Dans cette perspective, la restitution annoncée par l’Université de Cambridge renforce la pression morale et diplomatique sur les grandes institutions occidentales détentrices d’œuvres acquises dans des contextes de violence coloniale.

Pour le Nigeria, elle constitue une étape supplémentaire vers la reconstitution d’un patrimoine dispersé et la transmission d’une histoire longtemps racontée depuis l’extérieur.

Ancien royaume du Bénin au Nigeria : histoire et héritage

L’ancien royaume du Bénin, situé dans l’actuel État d’Edo au sud du Nigeria, fut l’un des États précoloniaux les plus puissants et les plus structurés d’Afrique de l’Ouest. Fondé autour du XIIIᵉ siècle, il s’est développé pendant plusieurs siècles autour d’une monarchie centralisée dirigée par l’oba, à la fois chef politique, religieux et symbolique.

Sa capitale, Benin City, était réputée pour son organisation urbaine avancée et son palais royal, cœur du pouvoir et de la vie spirituelle. Le royaume a connu un âge d’or entre les XVᵉ et XVIIIᵉ siècles, marqué par une prospérité économique et des échanges commerciaux avec l’Etat. Il est surtout célèbre pour son exceptionnelle production artistique, notamment les bronzes du Bénin : sculptures en alliage de cuivre, têtes commémoratives, plaques décoratives et œuvres en ivoire, réalisées avec une grande maîtrise technique. Ces objets avaient une fonction historique, rituelle et politique, servant à célébrer les rois, les reines mères et les grands événements du royaume.

En 1897, le royaume est brutalement détruit lors d’une expédition punitive britannique. Benin City est pillée, l’oba est déposé et des milliers d’œuvres sont saisies puis dispersées dans des musées occidentaux. Cet événement marque la fin de l’indépendance du royaume et son intégration forcée dans l’empire colonial britannique.

Aujourd’hui, le royaume du Bénin demeure un symbole majeur de la grandeur culturelle africaine et de la violence des spoliations coloniales. Les demandes de restitution des bronzes, engagées par le Nigeria, s’inscrivent dans une quête de réappropriation de l’histoire, de la mémoire et de la dignité culturelle.

Leur retour progressif à Benin City dépasse la seule question muséale : il constitue un acte de reconnaissance historique et de réparation symbolique.


Par Ignace NATONNAGNON

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