Regards croisés : Les Démocrates, négocier ou disparaître
L’ancien président de la République, Boni Yayi, a fini par jeter l’éponge. Avec sa démission de la présidence du parti Les Démocrates, la principale formation de l’opposition béninoise se retrouve désormais à la croisée des chemins.
Solidement aux commandes depuis 2023, Boni Yayi avait entrepris de remettre le parti sur les rails après les turbulences de la vie politique nationale.
Mais les derniers soubresauts internes et les revers électoraux successifs semblent avoir eu raison de cette tentative de relance.
Après l’épopée des législatives de 2023, l’histoire a progressivement viré au désenchantement. Le parti est revenu bredouille des consultations électorales qui ont suivi.
À l’interne, les fractures se sont accentuées : rivalités, divisions, ambitions personnelles et déficit d’humilité ont fragilisé une formation qui peinait déjà à retrouver son élan.
Pour certains observateurs, certaines figures du parti sont devenues le symbole de ces dysfonctionnements. Dans l’opinion, le navire LD a fini par donner l’image d’une formation ballotée par les vents contraires, semblable à un paquebot prenant l’eau de toute part.
C’est dans ce climat tendu que le parti a désigné son duo pour l’élection présidentielle de 2026. Mais très vite, les signaux d’alerte se sont multipliés. Les porte-étendards choisis pour porter les ambitions du parti, Me Renaud Agbodjo et Jude Lodjou, se sont éclipsés de la scène politique.
Dans la foulée, Boni Yayi a officialisé sa démission le 3 mars 2026, laissant derrière lui une formation politique en quête de repères et de perspectives.
Un nouveau chapitre s’ouvre désormais pour Les Démocrates. Une séquence décisive, riche en incertitudes.
Dans le scénario le plus optimiste, le départ de Boni Yayi pourrait paradoxalement ouvrir la voie à une recomposition stratégique du parti, fondée sur des compromis internes et une redéfinition de son positionnement politique.
Mais l’hypothèse inverse n’est pas à exclure. Celle d’un parti engagé dans une lente érosion politique, incapable de se réinventer et condamné à un déclin progressif.
Car une évidence s’impose : sauf événement majeur, il sera difficile pour Les Démocrates de reconquérir rapidement la confiance d’un électorat de plus en plus exigeant. Dans cette perspective, le parti pourrait être condamné à traverser encore de longues années de vaches maigres.
La question devient alors inévitable : parmi les rescapés Éric Houndété, Nadine Okoumassoun, Nourénou Atchadé, Kamar et Kamel Ouassangari, qui aura la capacité, la patience et la stratégie nécessaires pour porter le parti pendant quatorze années d’opposition supplémentaires ?
Pour Les Démocrates, l’heure des choix semble désormais avoir sonné : se réinventer, négocier… ou disparaître.
Par Ignace NATONNAGNON
