Regards croisés : Liberté ou asservissement ?

Regards croisés : Liberté ou asservissement ?

Entre le micro et la muselière, il n’y a qu’un décret. Au Bénin, la presse vit cet entre-deux. « Laboratoire démocratique » hier, le pays voit son quatrième pouvoir vaciller.

Sur le papier, la Constitution garantit la liberté d’expression. Le Code de l’information et la HAAC encadrent. Mais depuis 2016, l’étau se resserre. Le Code du numérique, une épée de Damoclès : plusieurs médias suspendus, 29 places perdues au classement de Reporter Sans Frontières en dix ans.

S’adapter ou disparaître

L’asservissement est d’abord économique : la majorité des médias vit de la commande publique. Résultat, l’autocensure devient un modèle. Sans pub ni abonnements, l’investigation meurt. On choisit le sport, les faits divers, les communiqués.

Le web devait libérer

Facebook, TikTok, YouTube sont les nouvelles rédactions. Mais un post peut valoir une garde à vue. Paradoxe : jamais les Béninois n’ont eu autant accès à l’info, jamais les journalistes n’ont eu aussi peur d’informer. La presse est sous condition. Libre sur le foot, surveillée sur la gouvernance. L’asservissement le plus efficace : faire en sorte qu’on n’ose plus écrire.

Que faire ?

Former, protéger, financer autrement. Car un journaliste qui hésite est déjà bâillonné. La presse n’est pas un contre-pouvoir, c’est un pouvoir de regard. Sans lui, la République devient borgne.

La liberté ne se décrète pas. Elle s’exerce. Chaque jour, à chaque Une.


Par Ignace NATONNAGNON

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La Rédaction

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