Ella Wama Wara lors du 4e Rendez-vous du REMAPSEN : «les VBG nous coûtent cher en matière de développement»
( L’experte en genre et développement invite les médias à devenir des artisans de l’équité sociale )
Réunis le mercredi 24 juin 2026 au siège du Réseau des Médias Africains pour la Promotion de la Santé et de l’Environnement (REMAPSEN), à Fidjrossè, Akogbato, des professionnels des médias ont échangé sur le thème : « Genre et santé : comment les médias peuvent-ils réduire les inégalités et promouvoir l’équité ? ». Invitée de ce quatrième rendez-vous du réseau, la juriste et experte en genre et développement, Ella Wama Wara, a rappelé avec force que les médias, loin d’être de simples relais d’information, constituent des acteurs majeurs de transformation sociale capables d’influencer les politiques publiques et de combattre les violences basées sur le genre.
Les inégalités entre les hommes et les femmes ne relèvent pas toujours de différences biologiques. Elles sont, dans leur grande majorité, le produit de constructions sociales qui façonnent les comportements, les opportunités et l’accès aux services essentiels, notamment ceux liés à la santé. C’est l’un des principaux enseignements partagés par Ella Wama Wara lors de cette rencontre du REMAPSEN. Selon l’experte, les normes sociales, construites et entretenues au fil du temps, sont à l’origine de nombreuses discriminations observées dans les sociétés contemporaines. Face à cette réalité, les médias disposent d’un levier d’action considérable.
Les médias, un pouvoir qui façonne les réalités sociales
Pour Ella Wama Wara, le rôle des médias va bien au-delà de la diffusion de l’information. «Les médias sont des acteurs de santé publique. Les médias contribuent à fabriquer les réalités, produire les normes sociales», a-t-elle souligné devant les participants. Loin de l’idée d’une neutralité absolue, elle estime que chaque traitement médiatique influence la perception collective des enjeux sociaux. Pour elle, les médias ne sont pas neutres, ils doivent être conscients de leur rôle. Dans ce contexte, les journalistes ont la responsabilité de mettre en lumière les disparités, les discriminations et les injustices qui affectent particulièrement les femmes et les filles. «Les médias ne changent pas seuls la société mais aucune transformation ne peut se faire sans les médias», a insisté l’experte.
Rendre visibles les invisibles pour influencer les politiques publiques
Au cœur des échanges, la question de l’accès à l’information est apparue comme un enjeu majeur de justice sociale. «L’accès à l’information est une question de justice sociale. Ce que les médias ne montrent pas devient invisible dans les politiques publiques», a déclaré Ella Wama Wara. Pour elle, les médias ont le pouvoir de faire émerger dans le débat public des problématiques souvent marginalisées, qu’il s’agisse des violences basées sur le genre, des inégalités d’accès aux soins ou encore des discriminations touchant certaines catégories de la population…Cette visibilité est d’autant plus importante que les violences faites aux femmes continuent d’avoir des conséquences humaines, sociales et économiques considérables. Rappelant l’ampleur du phénomène, l’experte a indiqué que 94 % des femmes sont victimes de violences sous diverses formes, avant de souligner que «les VBG nous coûtent cher en matière de développement».
Face aux nouveaux défis, un journalisme plus inclusif et responsable
L’émergence de nouveaux défis sociaux et sanitaires impose également une adaptation des pratiques médiatiques. Violences basées sur le genre facilitées par les technologies numériques, dépression, santé mentale, pression sociale ou encore décrochage scolaire figurent parmi les préoccupations évoquées au cours des échanges. Face à ces enjeux, Ella Wama Wara appelle les médias à bannir les discours stigmatisants et les représentations qui entretiennent les stéréotypes. Les organes de presse doivent, selon elle, devenir des espaces de vérification, de sensibilisation et de démystification afin de lutter efficacement contre la désinformation sanitaire. Ils doivent également accorder davantage de place aux personnes concernées, notamment aux victimes et aux jeunes. «Lorsqu’on veut parler de la santé sexuelle, donnez la parole aux femmes», a-t-elle recommandé.

Par Dieudonné SODABI
