Regards croisés : Yayi-Talon : Après la tempête, le Sénat

Regards croisés : Yayi-Talon : Après la tempête, le Sénat

Les relations entre les deux hommes n’ont pas été du tout calmes. Des années d’intrigues, de non-dits, de coups bas au sommet de l’État… Et voilà qu’après toute cette brouille, Patrice Talon et Boni Yayi se retrouvent.

Mais cette fois, plus question de bras de fer à la Présidence. C’est au sein d’une même et unique institution qu’ils vont désormais se côtoyer : le SÉNAT. Une trouvaille institutionnelle de Patrice Talon, pensée pour « asseoir davantage l’ancrage démocratique du Bénin ». L’Histoire, décidément, a le sens du théâtre.

La vie continue…

Au plus fort de la tempête, Patrice Talon, alors en exil pour échapper à un « destin funeste », lançait cette phrase restée célèbre le 29 octobre 2012 sur RFI : « Dieu fasse que le président retrouve ses esprits et qu’il sache qu’après le pouvoir la vie continue, et qu’il retrouve le calme ».

Presque 15 ans plus tard, ces mots résonnent différemment. Comme un appel. Comme une prophétie. Parce que oui, la vie continue. Et les plus belles guerres finissent toujours autour d’une table, par un cessez-le-feu et des négociations. Le 30 juillet 2026, lors de la cérémonie d’installation du Sénat, les deux « ennemis » d’hier ont visiblement fumé le calumet de la paix. Poignée de main, regards complices, proximité affichée. La photo restera. La symbolique est forte.

Que retenir de ce dégel ?

D’abord, que la politique béninoise est cyclique. Les haines d’aujourd’hui peuvent devenir les alliances de demain. Le Sénat, conçu pour être une chambre de sages et d’anciens présidents, devient de fait le lieu de la réconciliation nationale. Ensuite, que Patrice Talon joue une carte maîtresse : celle de l’apaisement. En ramenant Yayi dans l’arène institutionnelle, il désamorce une opposition historique et donne au nouveau Sénat un poids politique et moral inégalé. Enfin, que pour Boni Yayi, c’est le retour. Pas au pouvoir exécutif, mais au cœur du dispositif. Une façon de rester acteur, de peser, de transmettre.

Et maintenant ?

La question n’est plus de savoir s’ils s’aiment. La politique n’est pas une histoire d’amitié. La vraie question est : que feront-ils de cette seconde chance ?  Vont-ils transformer cette « paix des braves » en dynamique pour le pays ? Le Sénat sera-t-il un cimetière pour éléphants ou une fabrique de consensus pour le Bénin de 2026 et au-delà ?

Une chose est sûre : le Bénin entre dans une nouvelle ère relationnelle. Celle où les adversaires d’hier sont contraints, par la force des institutions, de devenir des collègues d’aujourd’hui. Et peut-être, des alliés de demain.

Après la tempête, le calme. Après la guerre, la table. La vie, en effet, continue.


Par Ignace NATONNAGNON

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