Regards croisés : Amazones U20, entre euphorie et lucidité

Regards croisés : Amazones U20, entre euphorie et lucidité

Au terme de la 4ᵉ et dernière journée des qualifications au Mondial, les Amazones U20 ont écrit une page d’histoire. Pour la première fois, toutes catégories féminines confondues, le Bénin disputera une Coupe du monde, sous la conduite du sélectionneur Abdoulaye Ouzérou. Une performance saluée sur toute l’étendue du territoire national et au sein de la diaspora.

Cette qualification consacre un long chemin parcouru. Elle est le fruit d’une volonté politique assumée en faveur du football féminin. Du ministère des Sports à la Fédération béninoise de football, en passant par la Direction technique nationale, les centres de formation et les clubs, chaque maillon de la chaîne a contribué. Personne n’imaginait, il y a un an, cette génération dorée capable d’un tel exploit. Le mérite revient à ces jeunes joueuses, issues des classes sportives et pour la plupart, des clubs de D1 et D2, qui ont brisé les clichés et levé tous les obstacles. Comme le dit l’adage, c’est au bout de l’ancienne corde que l’on tisse la nouvelle. Cette qualification récompense aussi les pionnières. Les « anciennes » ont ouvert la voie dans l’ombre, permettant à Aude Gbédjissi, aux U17 et à la génération U20 de 2026 d’avancer aujourd’hui en pleine lumière, avec le soutien des institutions.

Au-delà de l’émotion

L’euphorie observée depuis dimanche est légitime. Le retour des Amazones, de Lomé à Cotonou, a donné lieu à un accueil populaire à la hauteur de l’exploit. Trois jours plus tard, l’heure est au retour à la réalité. Si des progrès notables ont été enregistrés ces dix dernières années, le football féminin béninois demeure encore à un stade embryonnaire. La qualification au Mondial U20 valide la rigueur engagée, mais le chantier reste immense. Le Bénin figure loin au classement FIFA : 138ᵉ sur 195 nations, en avril 2026.

Les défis sont connus : démocratiser la pratique du football chez les filles, déconstruire les tabous, structurer les clubs, pérenniser un championnat compétitif et renforcer sa visibilité. La question du financement reste centrale.

En dépit de cette performance historique, le Bénin peine encore à peser sur la scène continentale. Les exploits ponctuels ne doivent pas occulter le travail de fond qui reste à accomplir.

Vive les Amazones U20.
Vive le football féminin.
Cap sur la Pologne.


Ignace NATONNAGNON

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La Rédaction

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