Regards croisés : Boni Yayi, » …le vase d’honneur… «
Il l’avait dit. Et il avait été clair.
Quand le projet de loi sur le Sénat est arrivé à l’Assemblée, Thomas Boni Yayi avait fermé la porte : « Je n’envisage pas de siéger ». Les raisons étaient connues : principe, posture, opposition.
Sauf que dans la vie, comme le dit le dicton : « il ne faut jamais dire jamais ».
Quelques mois plus tard, la porte se rouvre. Mais ce n’est plus la même pièce.
1. Contexte et posture
Boni Yayi dresse d’abord le constat : « beaucoup d’eau a coulé sous les ponts ». Parlement monocolore, dialogue politique en panne, espaces d’échange réduits.
Face à cela, l’ancien président opère un virage. Le Sénat, qu’il rejetait, devient soudain « un cadre de dialogue politique interne destiné à porter la voix et les attentes du peuple ».
C’est l’art de la politique. Ne pas changer d’idée, mais changer de terrain. Si le champ est vide, il faut l’occuper.
2. La Constitution, parapluie idéal
Elle dédouane à merveille. « Je n’en suis pas demandeur, c’est la Constitution ». L’article 113-3 l’envoie de droit au Sénat en tant qu’ancien chef d’Etat.
C’est la manière de concilier deux choses difficiles : répondre à l’appel du peuple pour la « décrispation », tout en gardant la posture de celui qui n’a rien quémandé.
Le message est adressé à deux publics. À sa base : « Je reste fidèle à vos valeurs ». Au pouvoir : « Je viens pour les droits de l’Homme, l’unité nationale, la paix ».
3. Un « vase d’honneur » dans une maison en travaux
Un vase d’honneur, ça ne sert pas tous les jours. Ça se pose au salon. Ça contient ce qu’il y a de plus précieux. Ça fait beau.
Mais est-ce que le Sénat sera ce lieu ? Dans un Parlement où l’opposition est minoritaire, dans une institution dont la légitimité est encore discutée, la mission s’annonce rude.
C’est peut-être justement le pari de Boni Yayi : entrer pour tenter de « décrisper ». Parler de prisonniers, d’exilés, de dialogue, de là où on ne l’attend pas.
Avec cette déclaration, l’ancien président sort du silence et rentre dans l’institution.
Il ne vient pas en soutien, ni en opposition frontale. Il vient en « passeur ». Celui qui veut rappeler les priorités : « justice, démocratie, pain et paix ».
Reste la question que beaucoup de Béninois se posent ce matin : ce Sénat pourra-t-il vraiment devenir ce cadre de dialogue ? Ou le « vase d’honneur » restera-t-il vide ?
Une chose est sûre. Avec le retour de Boni Yayi au premier plan, même si c’est de l’autre côté, le débat politique béninois vient de reprendre un peu de voix.
Par Ignace NATONNAGNON
