CAN 2025 : le Sénégal face au TAS, une bataille juridique aux chances incertaines selon un expert
Le feuilleton autour de la CAN 2025 prend une nouvelle tournure. Après la décision controversée de la Confédération africaine de football d’attribuer le titre au Maroc, le Sénégal se prépare à livrer une bataille juridique devant le Tribunal arbitral du sport. Un dossier complexe qui pourrait s’étendre sur plusieurs mois. Pour mieux comprendre les enjeux, Romain Bizzini, avocat au barreau de Paris et spécialiste du droit du sport, a livré son analyse. Il rappelle d’abord le rôle central du TAS dans ce type de contentieux. « C’est une juridiction internationale qui tranche les litiges sportifs en appliquant à la fois le droit suisse et les règlements des fédérations », explique-t-il.
Dans ce bras de fer entre le Sénégal et le Maroc, la procédure est déjà bien encadrée. La Fédération sénégalaise dispose d’un délai de 10 jours pour faire appel, puis de 10 jours supplémentaires pour présenter ses arguments. « On peut envisager une procédure d’environ un an », précise l’avocat. Il insiste aussi sur un point crucial. « Si le Sénégal veut conserver provisoirement son titre, il doit demander une mesure conservatoire. »
Sur le fond, le débat s’annonce strictement juridique. Le TAS ne se prononcera pas sur les émotions ni sur le spectacle du match. « Le TAS est là pour appliquer les règlements », insiste Bizzini. Le cœur du litige porte sur l’interprétation des textes de la CAF, notamment les articles 82 et 84.
Une question centrale agite déjà les discussions. « Toute l’équipe sénégalaise a-t-elle quitté le terrain ? Il restait trois joueurs, dont Sadio Mané », souligne l’avocat. Or, le règlement impose un minimum de sept joueurs pour poursuivre une rencontre. Cette situation pourrait peser lourd dans la balance.
Autre élément déterminant, la reprise du match par le Maroc. « C’est l’argument de la renonciation », explique Bizzini. Selon lui, le fait d’avoir accepté de continuer pourrait affaiblir toute contestation. Mais il nuance aussitôt. « Dans le silence des textes, le TAS pourrait se concentrer sur la première faute : le retrait du terrain. » La procédure pourrait aussi être influencée par des questions de forme. « Ce serait une violation des droits de la défense », affirme l’avocat, en évoquant l’hypothèse où le Sénégal n’aurait pas été entendu par la commission d’appel de la CAF. Toutefois, ce point ne garantit pas une annulation de la décision.
Des auditions restent possibles. L’arbitre et certains joueurs pourraient être appelés à témoigner. Mais pour l’expert, l’issue dépendra uniquement du droit. « Les juges du TAS ont une approche très stricte du droit : seul le texte compte. »
Au terme de son analyse, Romain Bizzini avance une tendance claire. « Je dirais qu’il y a 75 % de chances que la décision de la CAF soit confirmée. », a t-il conclu dans des propos rapportés par Afrique Sports.
Par Gabin TOVONON
