Regards croisés : Bénin – AES : l’heure du dégel ?

Regards croisés : Bénin – AES : l’heure du dégel ?

Ce 2 juin 2026, selon des sources officielles, le Président Romuald Wadagni atterrit au Burkina Faso et au Niger. Cette descente fait suite à la présence très remarquée des émissaires de l’Alliance des États du Sahel (AES) à son investiture, quelques jours plus tôt.

Il s’agit de la première visite d’envergure à l’AES depuis la crise. Pour le tout nouveau Président du Bénin, l’enjeu est clair : désamorcer la bombe. Dans un contexte de crise ouverte entre Cotonou et l’AES, cette visite a l’allure d’un pari quitte ou double.

3 ans de froid polaire

Depuis 2023, les relations Bénin-AES sont au congélateur. Frontières fermées, accusations de « base arrière » pour déstabiliser, expulsions de diplomates. Le Bénin, fidèle à la CEDEAO, et l’AES, qui a claqué la porte de l’organisation, se regardent en chiens de faïence. Résultat pour le Bénin : commerce frontalier à l’arrêt, pertes pour les transporteurs, insécurité aux frontières nord. Les marchés de Malanville, Kandi, Natitingou ont pris cher.

Au cœur de cette visite express, trois dossiers majeurs.

La sécurité

C’est un secret de Polichinelle : c’est le vrai sujet. En effet, le Bénin subit des incursions djihadistes venues du Sahel. Ouaga et Niamey sont en première ligne contre le terrorisme. Sans coordination, pas de paix. Enjeu pour le Bénin : obtenir un mécanisme de renseignement partagé + patrouilles conjointes. Le Bénin doit convaincre : « On n’est pas une base hostile, on est un partenaire contre le même ennemi ».

L’économie

Même brouillés, Bénin et AES sont condamnés à s’entendre. Environ 70 % du transit du Burkina et du Niger passe par Cotonou. Port de Cotonou, corridor Nord… Fermé, tout le monde perd. En attendant le dégel complet, le flux commercial entre Cotonou-Niamey, Cotonou-Ouagadougou peut être réactivé. Les opérateurs économiques de part et d’autre n’attendent que ça.

La diplomatie

C’est la première visite d’un chef d’État béninois depuis la création de l’AES. C’est un ballon d’essai. L’AES va-t-elle répondre par la main tendue ou par la méfiance ?
La posture, le discours sont des signaux forts. Le Bénin ne veut pas l’humiliation de l’AES, mais une « cohabitation respectueuse ». Le Président joue le rôle de médiateur intra-régional.

Scénario « Alafia »

Si Ouaga et Niamey jouent le jeu, on peut espérer : réouverture partielle des frontières, reprise des vols, cellule de crise sécuritaire commune. Le Bénin redevient hub. Victoire diplomatique pour toutes les parties prenantes. Wadagni plante le décor et s’impose comme « homme de dialogue ».

Toutefois, signalons que Romuald Wadagni ne va pas à Ouaga et Niamey pour régler 3 ans de crise en 24 h. Il va poser les bases d’une « paix des braves » : on n’oublie pas les griefs, mais on arrête de se tirer dessus.

Dans une sous-région où tous les pays ont le même ennemi, l’isolement profite seulement aux groupes armés. Si cette visite ouvre ne serait-ce qu’une brèche dans le mur, alors le Bénin aura gagné.

Demain, tous les regards sont tournés vers le Président Wadagni. Va-t-il ramener la paix… ou juste des photos ?


Par Ignace NATONNAGNON

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La Rédaction

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