Regards croisés : inondations : PAPC, la panacée ?
Chaque année, de mai à juillet, Cotonou change de visage. 30 minutes de pluie suffisent pour transformer Vèdoko, Fidjrossè, Vossa, Djidjè ou une partie d’Akpakpa en petite Venise. Les zémidjans lèvent les pieds, les voitures calfeutrent leurs moteurs et les commerçants montent leur stock sur des parpaings. L’inondation n’est plus un accident à Cotonou. C’est un rythme de saison.
La capitale économique du Bénin est bâtie entre lagune et océan, sur un sol plat avec une nappe phréatique très haute. Résultat : l’eau ne s’écoule pas, elle stagne. À cela s’ajoutent les caniveaux bouchés par les sachets plastiques, l’urbanisation rapide sans drainage conséquent et l’érosion côtière qui réduit l’exutoire naturel vers la mer. Le changement climatique fait le reste : les pluies sont plus intenses, plus courtes, plus violentes. Depuis une dizaine d’années, les gouvernants font des efforts considérables. L’objectif n’est plus seulement de « pomper l’eau » après la pluie, mais de rendre la ville résiliente.
Concrètement, la lutte contre les inondations à Cotonou s’articule autour du Programme d’Assainissement Pluvial de Cotonou (PAPC), doté de plus de 264 milliards de FCFA. Financé avec l’AFD, la Banque mondiale et l’UE, il prévoit la construction de plus de 300 km de collecteurs, le pavage des rues avec caniveaux et la création de bassins de rétention géants.
Le chantier a démarré par phases depuis 2021. À Fidjrossè-Centre et Vèdoko, les premiers collecteurs ont déjà réduit le temps de stagnation de 48h à 6h après une forte pluie. Mais l’achèvement total est prévu pour 2030. D’ici là, 70% de la ville reste exposée. L’objectif n’est plus seulement de « pomper l’eau » après la pluie, mais de transformer Cotonou en ville qui absorbe et gère l’eau.
La vraie résilience, ce sont aussi les habitants.
Les gros chantiers prendront des années. En attendant, les Cotonois ont développé leur propre système D. À Fidjrossè, Vossa…, les familles surélèvent leurs maisons. Par ailleurs, des ONG et des startups locales aident les jeunes à transformer les sachets plastiques ramassés dans les caniveaux en pavés écologiques.
La résilience, ce n’est pas attendre l’État. C’est s’adapter pendant que les solutions arrivent.
Par Ignace NATONNAGNON
