Regards croisés : Judicaël Gbaguidi, martyr de l’insuffisance rénale

Regards croisés : Judicaël Gbaguidi, martyr de l’insuffisance rénale

Après de longs mois de souffrances, le journaliste s’est éteint ce mardi 27 janvier 2026. Il aura mené une lutte acharnée contre l’insuffisance rénale. Durant toutes ces années, il était devenu la voix des sans-voix, le porte-étendard des victimes silencieuses d’un mal qui rend ses victimes méconnaissables. Jamais résigné, entre appels à l’aide et coups de gueule, Judicaël partageait son quotidien avec sa communauté virtuelle.

L’annonce de son décès a suscité consternation et, naturellement, une vague d’indignation. Indignation, oui, car la situation des dialysés n’est pas des plus reluisantes dans une république où tout semble rose, paradoxalement. Le Bénin enregistre de très bonnes notations qui témoignent des progrès économiques spectaculaires réalisés en dix ans. Mais hélas…

Le 4 juillet 2024, le sujet a fait débat à l’Assemblée nationale. L’Honorable Issiaka Arouna, auteur de la question orale, déclarait : « Il est temps de mettre fin à l’indifférence générale qui s’observe en ce moment à l’égard des personnes qui souffrent d’insuffisance rénale ». Aurélien Gbénonci a plaidé pour que le gouvernement revienne à la prise en charge totale des malades. « Ce n’est pas 2,5 milliards de dépense pour les dialysés qui vont nous tuer ».

En réponse, le ministre de la Santé, Professeur Benjamin Hounkpatin, a exposé les actions menées pour soulager les dialysés. Officiellement, du 1er janvier 2019 au 1er novembre 2023, le Bénin a enregistré 512 personnes sous dialyse. À en croire le ministre, le coût moyen annuel de prise en charge totale de la dialyse, y compris la confection des fistules et les bilans périodiques de suivi, s’élève à 20 132 152 F CFA. « Le coût à chaque séance de dialyse, composé du kit de branchement et des médicaments, est de 120 801 F CFA ».

Par ailleurs, le Conseil des ministres du 18 septembre 2024 a adopté un projet de décret portant exonération des droits et taxes de douane sur les intrants composant les kits de dialyse. Deux nouvelles unités de dialyse ont été mises en place à Porto-Novo et à Abomey, tandis que celles de Cotonou et de Parakou ont été renforcées par l’acquisition de 57 nouveaux générateurs de dialyse et d’équipements divers.

Mythes ou réalité ? Une seule certitude, les dialysés souffrent littéralement. Entre de belles promesses souvent bloquées au stade de bonnes intentions et la triste réalité du terrain, il y a un monde d’écart. Au-delà de tout, l’État manque-t-il de ressources pour subventionner davantage la prise en charge de ces malades ?

Rendons hommage à ces milliers de donateurs qui ont soulagé moralement et financièrement le journaliste dans sa quête de guérison face à un mal assassin et impitoyable qui a fini par l’emporter dans l’au-delà. Dans cet océan de tristesse, sur la dépouille mortelle de Judicaël Gbaguidi, certains « hypocrites » et « éhontés » viendront couler des larmes de crocodile, alors qu’ils n’avaient jamais été là pour lui. Sachons tout simplement que ça n’arrive pas qu’aux autres.

Paix à l’âme du disparu !


Par Ignace NATONNAGNON

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La Rédaction

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