Retard dans le reversement des AME : « Le gouvernement fait un mauvais calcul », dénonce Codjo Hinlin

Retard dans le reversement des AME : « Le gouvernement fait un mauvais calcul », dénonce Codjo Hinlin

Invité de l’émission Café Coulisses ce vendredi 24 juillet 2026 à Cotonou, le secrétaire général de la Confédération des organisations syndicales indépendantes du Bénin (COSI-Bénin), Codjo Hinlin, a vivement critiqué le retard dans le reversement des Aspirants au Métier d’Enseignant (AME). Selon lui, le gouvernement sous-estime l’importance de ces enseignants pour le système éducatif et s’appuie sur une mauvaise lecture des contraintes budgétaires.

Pour Codjo Hinlin, la question du reversement des Aspirants au Métier d’Enseignant (AME) ne relève plus seulement d’une revendication syndicale. Elle constitue désormais un enjeu majeur pour l’avenir de l’école béninoise et, plus largement, pour le développement du pays. Invité du dernier numéro de Café Coulisses, le secrétaire général de la COSI-Bénin a dressé un constat sans détour. Selon lui, les AME représentent aujourd’hui la principale force de travail dans les établissements publics, aussi bien au primaire qu’au secondaire.

« Aujourd’hui, dans les collèges publics comme dans les écoles primaires publiques, les AME assurent l’essentiel de la masse de travail », a-t-il affirmé. Il rappelle qu’ils sont plus de 15 000 dans le secondaire et un effectif comparable dans le primaire, où ils supportent une charge de travail souvent supérieure à celle des agents titulaires de l’État.

« Les AME portent les deux tiers du système éducatif »

Pour le responsable syndical, ces enseignants assurent à eux seuls près des deux tiers des activités pédagogiques dans les établissements publics. Pourtant, estime-t-il, leurs conditions de travail et leur statut restent largement en deçà de leur contribution. « Ce sont eux qui forment aujourd’hui les futurs présidents, ministres, députés, cadres et citoyens du Bénin. Les maintenir dans la précarité n’est pas normal », a-t-il insisté. Codjo Hinlin rappelle également que la Cour des comptes a déjà attiré à plusieurs reprises l’attention des autorités sur les conséquences d’un maintien prolongé de cette situation.

Une critique du calcul budgétaire du gouvernement

Au-delà de la situation des enseignants, le secrétaire général de la COSI-Bénin remet en cause les arguments financiers avancés par le gouvernement. À ses yeux, l’exécutif s’appuie sur une interprétation erronée des normes communautaires relatives à la masse salariale. Il fait observer que les documents budgétaires officiels situent actuellement le ratio des dépenses de personnel autour de 31 % des recettes fiscales, alors que la norme communautaire autorise un plafond de 35 %. « Le gouvernement fait un mauvais calcul », affirme-t-il, estimant qu’il est possible d’intégrer les AME sans compromettre durablement les équilibres budgétaires.

« Investir dans les enseignants plutôt que sacrifier l’avenir »

Pour Codjo Hinlin, le choix qui s’impose au pays est clair. Soit l’État décide d’améliorer les conditions des enseignants afin de garantir une éducation de qualité, soit il privilégie exclusivement les investissements dans les infrastructures au détriment de la formation des générations futures. « On peut construire des routes, des ponts et des échangeurs. Mais si les enfants sont mal formés, à quoi serviront ces infrastructures demain ? », s’interroge-t-il. Le syndicaliste établit également un lien entre les difficultés du système éducatif et la montée de certains comportements d’incivisme observés chez les jeunes. Selon lui, la qualité de l’encadrement scolaire conditionne directement la qualité du citoyen de demain.

Éducation, santé et agriculture : les trois piliers du développement

En conclusion, Codjo Hinlin appelle les autorités à faire de l’éducation une priorité nationale, au même titre que la santé et l’agriculture. « Un pays ne peut pas se développer sans l’éducation, sans la santé et sans l’agriculture. Ce sont ces trois secteurs qui permettent de bâtir une population en bonne santé, bien formée et capable de soutenir durablement le développement », a-t-il conclu en réaffirmant l’engagement de la COSI-Bénin à poursuivre son plaidoyer en faveur du reversement des AME.

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La Rédaction

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