Bénin : Candide Azannaï sort de son silence et alerte sur sa sécurité depuis sa cellule

Bénin : Candide Azannaï sort de son silence et alerte sur sa sécurité depuis sa cellule

L’ancien député de la sixième législature et figure de l’opposition béninoise, Candide Azannaï, est sorti de son silence après plus de six mois de détention provisoire. Détenu depuis le 19 décembre 2025 à la prison civile d’Akpro Misérété, l’ancien ministre affirme, dans une déclaration rendue publique ce vendredi 26 juin 2026, avoir été soumis à un isolement total, à des atteintes répétées à sa dignité, ainsi qu’à un transfert qu’il juge suspect lors de sa comparution devant la CRIET. Il dénonce également des visites nocturnes inexpliquée dans sa cellule. À travers cette déclaration, Candide Azannaï interpelle solennellement l’opinion nationale et internationale. Il exige l’ouverture d’une enquête indépendante afin que toute la lumière soit faite si le moindre incident venait à lui arriver durant sa détention.

Lire ci-dessous l’intégralité de sa déclaration👇

🇧🇯DÉCLARATION À LA NATION SUR LES CONDITIONS DE MA DÉTENTION ET LES MENACES QUI PÈSENT SUR MA SÉCURITÉ : pour que nul ne puisse dire qu’il ne savait pas.

🇧🇯Par Candide Armand-Marie Azannai

Avant toute chose, il me faut exprimer ma profonde gratitude.

Le 14 juin 2026, à l’occasion de mon soixante-septième (67e) anniversaire, des milliers de Béninoises et de Béninois, de toutes sensibilités politiques, sociales et spirituelles, ont tenu à me témoigner leur affection, leur estime et leur soutien. À travers leurs messages, leurs publications, leurs prières et leurs prises de parole, ils ont refusé que l’injustice devienne une habitude et que le silence s’impose comme une norme. Je leur adresse mes remerciements les plus sincères.

Je tiens également à saluer le professionnalisme des femmes et des hommes des médias qui depuis le début de cette affaire et particulièrement les 16, 17 et 18 juin derniers, ont choisi d’exercer leur métier avec courage, indépendance et responsabilité en portant à la connaissance du public des faits qui méritent d’être connus.

Depuis le début de cette affaire, ce que nous demandons n’a jamais varié : la vérité, la transparence et le respect des droits les plus élémentaires d’un citoyen privé de sa liberté depuis le 19 décembre 2025. Depuis le commencement de cette épreuve, j’ai volontairement choisi le silence. Je me suis abstenu de toute communication publique afin de ne pas être accusé d’interférer avec une procédure judiciaire dont chacun peut apprécier les conditions dans lesquelles elle se déroule.

NON PAR RÉSIGNATION. NON PAR FAIBLESSE.

Mais parce que je considère qu’un homme attaché à l’État de droit doit d’abord respecter les institutions, même lorsqu’il estime être victime d’une profonde injustice. J’ai donc refusé d’alimenter la polémique. J’ai préféré laisser la procédure suivre son cours. Aujourd’hui encore, je demeure animé par ce même état d’esprit. Cependant, il est de mon devoir d’alerter l’opinion publique nationale et internationale sur des faits particulièrement préoccupants concernant les conditions de ma détention provisoire, ainsi que sur certains agissements du régisseur de la maison d’arrêt d’Akpo-Missérété, où je suis détenu depuis plus de six (06) mois.

Depuis mon incarcération, je suis maintenu en isolement vingt-quatre heures sur vingt-quatre ( 24h / 24h ), Contrairement aux autres détenus, je n’ai pas bénéficié des périodes de promenade auxquelles tout détenu peut légitimement prétendre et priver de mon médecin au vue de mon état de santé dégradé depuis décembre. À plusieurs reprises, j’ai saisi par écrit le Directeur de l’Agence pénitentiaire du Bénin ainsi que le Procureur spécial afin de dénoncer cette situation.

En réponse, le régisseur, le commissaire de police José Olatoundé ATIKA, est venu un soir me proposer d’effectuer seul une séance de course à pied à 19 heures, à un moment où il faisait déjà sombre et nuit, où la cour était entièrement vide et où les autres détenus avaient regagné leurs cellules.

Je me suis interrogé sur les raisons d’une telle proposition. Par prudence, je l’ai déclinée, demandant simplement que les dispositions prévues par mon mandat de dépôt ainsi que les textes applicables soient respectées, dans les mêmes conditions que pour les autres détenus. Par la suite, un rapport a été rédigé, laissant entendre que j’aurais refusé mes heures de promenade, sans restituer la chronologie complète des faits ni les circonstances précises dans lesquelles cette proposition m’avait été faite.

Le plus préoccupant était qu’à l’aller, j’ai été transporté dans un véhicule de type pick-up aux vitres teintées. Les deux personnes qui m’escortaient ( le conducteur et le régisseur ) portaient des gilets pare-balles. Moi, je n’en portais aucun, alors même que l’affaire est toujours en cours d’instruction et que ma sécurité devrait constituer une priorité. Au retour, le véhicule a quitté son itinéraire habituel avant de s’immobiliser dans un endroit qui ne correspondait pas au trajet normal vers la maison d’arrêt. Le régisseur est descendu du véhicule pendant plusieurs instants. J’ai demandé au conducteur où nous nous trouvions et pourquoi cet arrêt avait été effectué. Je n’ai obtenu aucune réponse véritable.

Je demeure aujourd’hui sans explication.

Pourquoi cet arrêt hors itinéraire ? Pourquoi le régisseur est-il descendu du véhicule ? Pourquoi cette interruption du trajet ? Un projet de disparition ou d’enlèvement ? Ces interrogations sont particulièrement légitimes d’autant qu’il a fallu que j’insiste pour que le trajet soit repris.

Depuis mon retour de comparution, le 18 juin dernier ma cellule fait l’objet de visites inopinées et répétées, intervenant tard dans la nuit, effectuées par le régisseur susmentionné, accompagné de l’un de ses collaborateurs, dans des circonstances opaques et pour des motifs manifestement non déclarés. Dans un contexte aussi sensible, chacun comprendra qu’un tel épisode puisse susciter une profonde inquiétude. Je refuse donc de me taire face à des faits qui alimentent des craintes sérieuses pour ma sécurité physique.

Je préfère alerter aujourd’hui plutôt que de laisser demain d’autres parler à ma place. Comme le rappelait Platon dans « La République » : « Le prix que les hommes honnêtes paient pour leur indifférence aux affaires publiques est d’être gouvernés par des hommes pires qu’eux. ». Refuser le silence lorsqu’il s’agit de la vérité et de la justice n’est pas un acte de défiance envers les institutions; c’est un devoir envers la cité.

Je tiens à affirmer avec la plus grande clarté que je n’ai jamais eu, que je n’ai aujourd’hui, et je n’aurais aucune intention de mettre fin à mes jours comme ces philosophes dont la mort est généralement considérée comme un suicide. Toute atteinte qui serait portée à mon intégrité physique devrait faire l’objet d’une enquête indépendante, impartiale et approfondie.

DES INQUIÉTUDES GRAVES EXISTENT QUANT À MA SÉCURITÉ.

Si le moindre incident devait m’arriver au cours de cette détention, je demande que toute la lumière soit faite sur les circonstances dans lesquelles il serait intervenu et que les responsabilités soient établies sans complaisance. Je demeure serein et convaincu que la vérité finit toujours par triompher et que le droit ne peut durablement céder devant l’arbitraire.

L’histoire jugera chacun à l’aune de ses actes. Comme l’enseignait Aristote dans ”La Politique” : « La justice est la vertue suprême de la cité. » Lorsqu’elle s’efface devant l’arbitraire, ce n’est pas seulement un individu qui est atteint , mais l’ordre même sur lequel repose la confiance des citoyens envers leurs institutions.

Au peuple béninois tout entier, j’exprime ma gratitude et renouvelle mon engagement indéfectible au service de notre Nation avec droiture, dignité et intégrité. « La vérité est fille du temps, et non de l’autorité. » Francis Bacon.

Je demeure convaincu que les épreuves passent, mais que les peuples qui restent fidèles à la vérité, à la justice et à la paix finissent toujours par triompher.

Candide Armand- Marie AZANNAÏ

Ancien Ministre, Porte – Parole du Gouvernement,

Ancien Ministre Délégué Chargé de la Défense Nationale,

Ancien Membre de la Conférence des Présidents de l’Assemblée Nationale,

Ancien Juge à la Haute Cour de Justice

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Redaction La

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