Entretien exclusif/ 11 mai : «Le reggae ne mourra jamais au Bénin », Sol Joyce
Née à Cotonou au Bénin, Sol Joyce La Patriote Inter est une artiste reggae engagée, reconnue pour son patriotisme, son style de soldat et son reggae conscient aux sonorités béninoises. Première femme béninoise à sortir un album reggae avec GBÈSSOU en 2020, elle s’est imposée comme l’une des figures féminines majeures du reggae béninois. Distinguée Première Ambassadrice de la Musique Reggae au Bénin, lauréate des Amazone Reggae Afrique Awards 2023 et sacrée Reine du Reggae 2025, Sol Joyce utilise sa musique comme outil de sensibilisation, de paix et de transformation sociale.
Oxygène : Aujourd’hui, 11 mai, le monde reggae commémore l’anniversaire de la disparition de Bob Marley. Que représente cette date pour vous ?
Sol Joyce : Le 11 mai est une date très symbolique pour tous les amoureux du reggae. Bob Marley n’était pas seulement un artiste, il était une voix pour les sans-voix, un messager de paix, de justice et de conscience. Pour moi qui suis née un 10 mai, à la veille de cette date historique, cela représente quelque chose de spirituel. Très tôt, j’ai senti une connexion particulière avec le reggae. Même si mon inspiration africaine profonde reste Lucky Dube, Bob Marley demeure une référence universelle.
Quel regard portez-vous aujourd’hui sur l’état du reggae au Bénin ?
Le reggae béninois existe, il résiste et il continue d’évoluer malgré les difficultés. Aujourd’hui, il faut reconnaître que l’afrobeat prend beaucoup de place sur le marché musical africain et mondial. C’est le courant dominant du moment. Mais le reggae reste une musique universelle et intemporelle. Le reggae ne meurt pas. Le reggae traverse les générations parce qu’il porte un message. C’est une musique de conscience, de vérité et de spiritualité. Même quand les tendances changent, le reggae garde toujours sa place dans le cœur des peuples.
Beaucoup associent souvent le reggae à la consommation du gandja. Quel regard portez-vous sur cette perception ?
Il faut éviter les amalgames. Le reggae est avant tout une musique de conscience, de spiritualité et de message. Certains artistes ont évoqué le gandja dans un contexte culturel ou spirituel, mais cela ne signifie pas que le reggae encourage les drogues dures ou les comportements destructeurs. Moi, je prône avant tout la discipline, la responsabilité et l’élévation de la conscience.
Être une femme reggae au Bénin, est-ce encore un défi ?
Oui, bien sûr. Le reggae est un univers exigeant, encore plus pour une femme. Mais je considère cela comme une mission. Quand j’ai sorti mon premier album GBÈSSOU en 2020, j’ai compris que je devais ouvrir une voie pour d’autres femmes. Aujourd’hui, je suis fière de voir que les choses évoluent progressivement.
Votre musique possède une identité particulière. Comment définissez-vous votre style ?
Mon reggae reste profondément enraciné dans ma culture béninoise. Même lorsque je collabore avec des artistes étrangers ou béninois, il y a toujours une touche spéciale des rythmes de mon cher pays le Bénin. J’aime mélanger le reggae avec nos sonorités africaines, nos langues locales, notre spiritualité et nos réalités sociales. C’est cette fusion qui donne une identité unique à ma musique.
Aujourd’hui, avec qui collabore Sol Joyce ?
Je travaille actuellement avec plusieurs artistes béninois et étrangers. Mon objectif est de faire voyager le reggae béninois au-delà des frontières et montrer que notre culture a sa place dans le paysage musical international.
Un mot sur l’arrangeur reggae King Zebulon le Rasta Chauve ?
(Rires) Déjà, il faut préciser que c’est moi-même qui lui ai collé le surnom “Rasta Chauve” ! Et aujourd’hui, tout le monde l’appelle comme ça. Plus sérieusement, Zebulon est un arrangeur de grande valeur. Son travail artistique apporte une touche authentique et professionnelle au reggae africain. C’est un passionné qui comprend profondément les vibrations du reggae. Ce que j’apprécie surtout chez lui, c’est sa capacité à comprendre mes orientations, mes inspirations et mes tendances musicales. Il s’implique dans mes projets comme si c’étaient les siens. Cette connexion artistique donne une âme particulière à notre travail. Il contribue énormément à l’évolution du reggae à l’international, et je lui témoigne beaucoup de respect pour son talent, sa créativité et son engagement pour la musique consciente.
Parlons maintenant de votre actualité musicale. Votre nouvel album AGONTE fait beaucoup parler de lui….
Oui, AGONTE représente une étape très importante dans mon parcours artistique. C’est un album de maturité, de conscience et d’identité africaine. À travers ces 12 titres, j’aborde des thèmes liés à la vie, au patriotisme, à la résilience, à l’amour du peuple et aux réalités sociales africaines. J’y ai mis toute mon énergie, mon vécu et ma vision du reggae moderne enraciné dans les sonorités béninoises. AGONTE confirme aussi mon engagement à faire rayonner le reggae béninois au-delà des frontières. C’est un projet qui mélange vibrations roots, rythmes africains et messages de conscience. Et les retours du public me donnent encore plus de force pour continuer cette mission musicale. (Rires) Aujourd’hui, partout où je passe, les gens m’appellent même “Agnonténon”… comme si j’étais devenue vendeuse de agonté ! Ça me fait sourire, mais au fond, cela montre que l’album a marqué les esprits et que le public s’est approprié le projet avec affection.
En cette journée spéciale du 11 mai, quel message souhaitez-vous adresser à la jeunesse africaine ?
Je veux dire à la jeunesse de croire en son identité, en sa culture et en ses valeurs. La musique ne doit pas seulement divertir ; elle doit aussi éveiller les consciences et construire les mentalités. La drogue détruit des talents et des destinées. Nous devons utiliser la musique comme une force positive pour inspirer, sensibiliser et unir les peuples. Et comme le disait Bob Marley : “Emancipate yourselves from mental slavery.” Le reggae continuera toujours de vivre tant qu’il y aura des voix pour défendre la vérité, la paix et l’amour.
Merci Sol Joyce.
Merci à Oxygène, et bonne commémoration à toute la famille reggae du monde entier. One Love. ✊🏾🎶
